L’US Air Force a remis un coup d’accélérateur à son futur chasseur de nouvelle génération. Le 21 mars 2025, Washington a officialisé l’attribution à Boeing du contrat de développement de l’avion présenté comme le successeur du F-22 Raptor. Son nom, désormais public, est F-47. Derrière ce nom se joue bien plus qu’un simple remplacement de cellule. Les États-Unis veulent adapter leur supériorité aérienne à un monde où les bases avancées ne sont plus garanties, où les ravitailleurs deviennent des cibles et où les défenses sol-air modernes sont de plus en plus capables.
F47 : Un programme relancé
Le F-47 fait partie du NGAD, acronyme de Next Generation Air Dominance. Le concept est central dans la communication américaine : il ne s’agit pas d’un avion isolé, mais d’une “famille de systèmes” articulée autour d’un appareil piloté et de moyens non pilotés, capables de travailler ensemble. Cette approche a aussi une histoire récente plus mouvementée qu’il n’y paraît. En 2024, des interrogations sur les coûts et sur le format même du programme ont conduit à une forme de pause et de réévaluation. Début 2025, l’US Air Force a choisi de relancer l’effort.
C’est alors que Boeing remporta le contrat dit “engineering and manufacturing development”, une étape qui ouvre la voie à la conception détaillée, aux prototypes et à la préparation de la production. Le montant avancé pour cette phase dépasse les 20 milliards de dollars, Eh oui, 20 Milliards !!,
Premier vol annoncé pour 2028
Les responsables de l’US Air Force ont fixé un cap : un premier vol attendu en 2028. Dans les déclarations publiques, ils annoncent : aller vite, éviter l’enlisement classique des grands programmes d’armement et basculer vers une capacité opérationnelle au tournant des années 2030. La ligne est séduisante sur le papier. Elle l’est d’autant plus que l’US Air Force explique mener des essais sur des démonstrateurs depuis 2020, ce qui servirait à maturer des briques technologiques avant l’arrivée de l’appareil de série.
Il faut néanmoins lire entre les lignes. Dans ce type de programme, la frontière est fine entre démonstrateur et système complet : faire voler une technologie n’équivaut pas à l’intégrer de façon robuste, maintenable et reproductible à grande échelle. Or l’US Air Force affirme justement vouloir un avion “plus soutenable” et “plus disponible” que les chasseurs furtifs actuels, avec des déploiements moins lourds en personnel et en infrastructure.
Allonge, vitesse, guerre en réseau…
L’US Air Force évoque une allonge nettement supérieure à celle des chasseurs actuels. Des chiffres circulent dans des documents et infographies relayés par l’institution : un rayon d’action de combat supérieur à 1 000 milles nautiques ( Plus de 1800km ), et une vitesse maximale au-delà de Mach 2 ( 2500km/h) . Ces paramètres, s’ils se confirment, répondent à une contrainte stratégique : opérer loin, depuis des positions plus sûres, tout en conservant la capacité à pénétrer un espace aérien contesté.
La géographie impose sa loi. Dans l’Indo-Pacifique, les distances sont immenses, les points d’appui potentiels limités et les défenses adverses plus denses. La logique anti-accès et déni de zone, souvent résumée par le sigle A2/AD ( Plus d’infos sur wikipédia ), vise à tenir à distance les forces américaines, en menaçant leurs bases, leurs ravitailleurs et leurs nœuds de commandement. Dans ce théâtre, l’allonge n’est pas un luxe. C’est une condition de survie opérationnelle.
Il y’a également l’initiative dite Collaborative Combat Aircraft. Ou se mêlerait avions pilotés et autres sans pilote. Dans cette architecture, le F-47 jouerait le rôle de chef d’orchestre. Non pas un avion “avec des drones en plus”, mais un système capable de distribuer les tâches, d’élargir le champ de perception et de multiplier les options tactiques.
Face à la Chine, de la dissuasion technologique
Si le discours officiel reste prudent, l’arrière-plan stratégique est transparent. Washington observe la modernisation rapide des capacités chinoises, qu’il s’agisse des avions de combat furtifs, des missiles air-air longue portée ( comme ce qu’on a vu dans le petit affrontement entre l’Inde et le Pakistan ), des capteurs ou des réseaux de défense sol-air. Donc; l’avantage qualitatif américain, longtemps confortable, se réduit.
Le F-47 est donc un bon signal de dissuasion, destiné à montrer que les États-Unis ne se contenteront pas d’améliorations incrémentales. Un signal industriel aussi, puisque Boeing, en difficulté sur plusieurs segments civils, retrouve avec ce contrat un axe majeur pour sa branche défense.
Un pari coûteux… face aux retards
Reste la question que tout le monde pose, y compris à Washington : combien cela coûtera et à quel rythme. Les critiques existent et elles ne sont pas marginales. D’abord parce qu’un chasseur de sixième génération ne se limite pas à une cellule plus furtive. Il suppose des moteurs plus performants, des systèmes de guerre électronique plus sophistiqués, une connectivité sécurisée et une interopérabilité réelle avec des drones et d’autres capteurs. Ensuite parce que la facture totale, une fois l’avion et son écosystème comptabilisés, peut atteindre des sommets inimaginables.
L’US Air Force avance un objectif de volume ambitieux : une intention d’achat annoncée à “185 et plus”. C’est davantage que la flotte de F-22 produits et ça montre du coup une volonté de masse relative, pas seulement un outil d’élite.
