L’alerte n’est plus théorique. Depuis plusieurs jours, le risque de pénurie de kérosène en Europe prend de l’épaisseur, au point de provoquer déjà des restrictions localisées dans plusieurs aéroports italiens. Le sujet reste évolutif, mais une chose est sûr là : on n’est plus dans le simple scénario de hausse des coûts. Cette fois, c’est la disponibilité du carburant des avions qui commence à inquiéter.
Une pénurie de kérosène en Europe qui commence à se voir sur le terrain
Le premier signal vient d’Italie. À Bologne, Milan-Linate, Trévise et Venise, des avis opérationnels ont signalé une disponibilité limitée de Jet A1, avec des restrictions appliquées sur plusieurs jours. À Venise, les vols médicaux, d’État et les trajets de plus de trois heures sont prioritaires. Pour d’autres vols plus courts, un plafond d’environ 2 000 litres par appareil peut être appliqué. Les avis couvrent une période allant jusqu’au 9 avril.
Avant de paniquer , je vous rassure. Les autorités italiennes et certains opérateurs aéroportuaires assurent que la situation reste “sous contrôle” et qu’elle touche avant tout un fournisseur précis, avec d’autres acteurs toujours en mesure d’approvisionner les plateformes concernées.
L’Europe est exposée
Le nœud du problème se situe du côté du Moyen-Orient et du détroit d’Ormuz. Selon l’Agence internationale de l’énergie, les perturbations d’approvisionnement pétrolier doivent encore s’intensifier en avril, avec un manque déjà supérieur à 12 millions de barils depuis le début du conflit régional. Pour l’AIE, le principal point de friction pour l’Europe n’est pas seulement le brut : ce sont surtout le diesel et le carburant aviation qui risquent de manquer.
Selon des estimations du secteur aérien, environ 25 à 30 % de la demande européenne en kérosène provient du Golfe. D’autres analyses annoncent même que près de la moitié des importations de l’Union européenne et du Royaume-Uni venant de cette région pour le carburant aviation.
Les conséquences à très court terme
La première conséquence, la plus immédiate, c’est l’adaptation des opérations aéroportuaires. Quand le carburant devient rare, les aéroports et fournisseurs passent en mode rationnement : priorité à certains vols, limitation des pleins, arbitrages selon la distance ou la criticité des liaisons
Deuxième effet : la hausse des coûts, donc la pression sur les billets d’avion. Les prix européens du kérosène ont déjà fortement augmenté depuis la fin février. Même si plusieurs compagnies restent partiellement protégées par des couvertures carburant, ces filets de sécurité expirent progressivement dans les prochains mois. Si la crise se prolonge, le choc tarifaire finira mécaniquement par remonter jusqu’aux passagers.
Troisième conséquence, plus sensible pour nous, le grand public : les annulations ciblées. Certaines compagnies préviennent qu’en cas de baisse significative de l’approvisionnement, elles pourraient retirer de la capacité et supprimer des vols sur les aéroports les plus contraints.
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Les scénarios dans les prochains jours ?
Scénario 1 : ça reste contenue
C’est le scénario le plus rassurant à court terme. Les restrictions resteraient cantonnées à quelques aéroports ou à certains fournisseurs, sans propagation massive au reste de l’Europe. Dans cette hypothèse, les voyageurs verraient des ajustements opérationnels, quelques retards, des plans de vol plus prudents et aussi éventuellement des hausses de prix progressives
Scénario 2 : extension à d’autres hubs européens
C’est le scénario de vigilance. Si les flux venant du Golfe restent perturbés en avril, d’autres aéroports européens pourraient entrer à leur tour dans une logique de rationnement ou de restrictions temporaires. Les analyses énergétiques indiquent justement que l’Europe doit commencer à ressentir les effets dès avril ou mai.
Scénario 3 : choc sur l’offre aérienne et flambée des tarifs
C’est l’hypothèse la plus dure, mais pas la plus probable à très court terme. Elle supposerait une prolongation nette de la crise au Moyen-Orient, avec des perturbations durables sur les expéditions et une dégradation des stocks disponibles. Là, on rentrerait dans un choc qui dépasse de loin le grand choc pétrolier de 1973.
Bon, à ce stade, la pénurie de kérosène en Europe n’est pas encore générale, Mais ce sont les prochains jours et semaines ainsi que la résolution ou non du conflit du moyen orient qui décidera du sort de notre prochain plan de vacances cet été.
