C’était un rituel devenu sacré durant chaque coupe du monde. Ouvrir un sachet, sentir ces vignettes cartonnées et légèrement parfumées, espérer tomber sur le Lizarazu qui manquait, puis coller patiemment chaque portrait dans l’album. Depuis 1970, le nom Panini est indissociable de la Coupe du Monde. Ce lien, qui a traversé les générations et survécu à l’ère numérique, vient officiellement de prendre fin. Le 8 mai 2026, la FIFA a annoncé qu’à compter de 2031, c’est le groupe américain Fanatics qui reprendra le flambeau des collections officielles du Mondial.
Un adieu programmé
La FIFA a signé un accord de licence exclusif à long terme avec Fanatics, portant sur l’ensemble des produits à collectionner liés à ses compétitions : vignettes, cartes, jeux de cartes, en version physique comme numérique. Le contrat prendra effet en 2031, ce qui laisse encore à Panini le droit de produire l’album du Mondial 2026, qui démarre le 11 juin, puis celui de la Coupe du Monde féminine 2027 et enfin l’édition du centenaire en 2030, coorganisée par le Maroc, le Portugal et l’Espagne. Ce dernier album restera dans les mémoires : il sera le point final d’une aventure entamée il y a plus d’un demi-siècle.
Tout avait commencé à Modène, en Italie du nord, à la fin des années 1950. Giuseppe et Benito Panini, marchands de journaux, glissaient des images de footballeurs dans leurs quotidiens pour doper les ventes. L’idée prend, les frères créent leur propre maison d’édition en 1961 et neuf ans plus tard, à l’occasion du Mondial mexicain, Panini sort son premier album international. Il contenait 271 vignettes sur 52 pages. C’était le début d’un empire.
Depuis, chaque édition du tournoi planétaire, à une seule exception près ( je vous laisse deviner laquelle et me le dire en commentaires ), a eu droit à son album Panini « officiel ». Des générations entières ont grandi avec ce rituel, de Mexico 1970 à Paris Saint-Denis 1998, de Johannesburg 2010 au Qatar 2022.
Fanatics, c’est qui ?
Fanatics, L’entreprise fondée par Michael Rubin est le nouveau mastodonte incontournable des produits dérivés sportifs à travers le monde. Son chiffre d’affaires sur le seul segment des collections approche les 5 milliards de dollars en 2026, pour un total d’entreprise estimé à près de 14 milliards. Elle détient déjà des droits exclusifs avec la Premier League, la NBA, la NFL, la MLB, la Formule 1 et la Bundesliga.
Surtout, Fanatics n’est pas étranger aux vignettes de foot. Sa filiale Topps a déjà supplanté Panini auprès de l’UEFA depuis 2024, récupérant les droits de l’Euro masculin, de la Ligue des Champions, de l’Europa League et plus récemment, depuis la saison 2025-2026, ceux de la Premier League.
L’innovation que Fanatics entend apporter ? Le programme Debut Patch, déjà déployé en basket et en football américain : de véritables fragments de maillots portés par les joueurs lors de leurs premières sélections, incrustés physiquement dans les cartes à collectionner. Le procédé sera introduit dès le Mondial 2026, avant même l’entrée en vigueur officielle du contrat FIFA.
Gianni Infantino, président de la FIFA, a justifié ce choix comme un moyen de générer des revenus supplémentaires pour le développement du football mondial. Michael Rubin, de son côté, a parlé d’un moment historique pour son groupe, estimant que le football de sélections représente l’une des plus belles opportunités de croissance disponibles dans le sport aujourd’hui.
Panini : les clignotants au rouge
Pour Panini, la situation est préoccupante. La perte du partenariat FIFA c’est un gros coup dans le dos. En 2022 déjà, la société italienne avait vu lui échapper la totalité des droits UEFA. Elle conserve encore des licences sur des compétitions nationales que l’UEFA ne couvre pas directement, surtout la Ligue 1, la Liga espagnole et la Serie A italienne. Mais perdre la Coupe du Monde, c’est perdre le produit qui fait rayonner la marque à l’échelle planétaire depuis plus d’un demi-siècle.
