Disney s’apprête à accueillir la majorité des salariés de Character.AI, qui a déposé le bilan le 12 octobre 2026. Le groupe prévoit aussi de débourser 20 millions de dollars pour accéder à certaines de ses technologies. Mais pour les utilisateurs du chatbot, la poursuite du service reste incertaine.
Character.AI permet de créer des personnages virtuels et de discuter avec eux, notamment pour inventer des histoires ou participer à des jeux de rôle. Derrière ces conversations parfois interminables, l’entreprise doit pourtant financer des infrastructures coûteuses et gérer un dossier juridique particulièrement lourd.
Disney voit manifestement de la valeur dans cette technologie et dans les personnes qui la développent. Pour la plateforme elle-même, la situation est beaucoup moins rassurante.
Une grande partie de l’équipe rejoint Disney
L’accord prévoit des offres d’emploi pour au moins 60 salariés de Character.AI, en plus de plusieurs dirigeants et employés clés. Le dossier fait état de 66 personnes ayant accepté une offre, sur un effectif de 86 salariés à la fin septembre.
Disney estime la rémunération annuelle globale des personnes concernées à environ 60 millions de dollars. Une enveloppe qui donne une idée des moyens engagés pour attirer cette équipe.
Le rapprochement avait commencé avant le dépôt de bilan. Dès le 18 septembre, Disney annonçait le recrutement de Karandeep Anand, jusqu’alors patron de Character.AI. Il a pris ses fonctions le 2 octobre comme directeur technologique du groupe, un poste nouvellement créé à cette échelle.
L’arrivée d’autres membres de son équipe était déjà annoncée. Les documents judiciaires permettent maintenant d’en mesurer l’ampleur.
Ce que Disney veut obtenir pour 20 millions de dollars
Le volet technologique de l’opération porte sur une licence perpétuelle et non exclusive concernant une partie de la propriété intellectuelle de Character.AI, ainsi que sur certaines créances juridiques.
Concrètement, Disney pourrait utiliser les technologies couvertes sans en devenir l’unique propriétaire. Le caractère non exclusif laisse à Character.AI la possibilité d’accorder également des droits à d’autres entreprises.
L’offre de 20 millions de dollars sert de point de départ à la vente organisée sous le contrôle du tribunal. C’est ce que les documents américains appellent une offre stalking horse : une première proposition qui fixe une référence pour d’éventuels concurrents.
Un autre candidat peut donc encore présenter une offre supérieure ou jugée meilleure. Le volet de la transaction soumis à cette procédure reste à finaliser.
Disney doit également fournir une assistance temporaire, grâce aux anciens salariés de Character.AI qu’il a recrutés, pour accompagner le fonctionnement de la plateforme et sa transition.
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Une plateforme populaire qui coûtait trop cher
Character.AI illustre un problème assez concret de l’IA grand public : attirer des utilisateurs ne suffit pas à payer les factures.
Avant l’ouverture de la procédure, l’entreprise enregistrait des pertes de l’ordre de 8 à 9 millions de dollars par mois. La puissance de calcul, les équipes et les dépenses juridiques pesaient lourd dans son fonctionnement.
À cela s’ajoutent des plaintes et des enquêtes concernant notamment la protection des mineurs. Des familles ont accusé les chatbots d’avoir contribué à des situations de mise en danger de leurs enfants.
Ces affaires ont aussi compliqué la recherche de financements et de repreneurs. Pour un candidat au rachat, il faut évaluer la technologie, mais également les risques liés à l’activité.
Une communauté très engagée peut donc coexister avec une entreprise incapable de financer durablement son service. C’est précisément ce qui rend ce dossier intéressant au-delà de Disney.
Pourquoi cette équipe intéresse Disney
Le périmètre confié à Karandeep Anand donne quelques indications : infrastructures, données, plateformes d’intelligence artificielle, produits et ingénierie à travers le groupe.
Disney veut notamment mieux connecter ses différentes expériences numériques, avec Disney+ comme point central. Une équipe habituée à développer des interactions avec des personnages virtuels pourrait trouver sa place dans cette stratégie.
Pour nous, l’intérêt potentiel est facile à comprendre : Disney possède un immense catalogue d’univers et de personnages auxquels le public est déjà attaché. Des outils capables de rendre certaines expériences plus interactives pourraient avoir beaucoup d’applications.
Cela reste une lecture des possibilités offertes par ce recrutement. L’accord ne détaille pas les futurs produits grand public qui pourraient utiliser ces technologies.
Character.AI va-t-il fermer ?
Au 18 octobre 2026, la plateforme fonctionne toujours. Les abonnements restent actifs et la facturation continue pour le moment.
L’entreprise prévoit de terminer son processus de vente vers la fin novembre ou le début décembre. Elle espère obtenir une proposition permettant de poursuivre l’exploitation de Character.AI.
Mais elle a également annoncé ce qui se passerait dans le cas contraire : la plateforme serait progressivement arrêtée.
Le recrutement de ses spécialistes par Disney ne suffit donc pas à assurer son avenir. Il faut encore trouver une solution pour financer et exploiter le service lui-même.
Les utilisateurs peuvent, dès maintenant, exporter leurs données depuis l’application ou le site de Character.AI. L’entreprise indique aussi qu’elle compte prévenir les abonnés si des changements affectent les fonctionnalités payantes.
