Le face-à-face judiciaire d’Impossible n’est pas la reconstitution d’une affaire réelle. Le film d’Emmanuel Finkiel adapte un roman d’Erri De Luca. Par contre, son accusé ressemble beaucoup à l’écrivain, ancien militant et véritable passionné de montagne.
Un homme chute sur un sentier escarpé. Derrière lui marchait un ancien compagnon de lutte qu’il avait trahi quarante ans plus tôt. Accident, hasard impossible ou vengeance tardive ? Devant ce point de départ, on se demande forcément si Arte raconte un vrai dossier judiciaire.
La réponse courte est non. Impossible est une fiction.
Impossible vient d’un roman d’Erri De Luca
Le film diffusé par Arte à 20h55 et disponible en replay est une adaptation du roman Impossible, publié en France par Gallimard en 2020.
Dans le résumé officiel du livre, un jeune juge interroge un vieil homme soupçonné d’avoir provoqué la mort d’un ancien camarade sur un sentier de montagne. Toute l’histoire repose sur leurs échanges, sur la coïncidence et sur cette question : deux hommes liés par un passé politique peuvent-ils se retrouver au même endroit par simple hasard ?
Erri De Luca n’a jamais présenté ce récit comme le compte rendu d’un procès réel. Le mort, l’accusé et l’enquête appartiennent à la fiction.
Pourquoi l’histoire semble aussi personnelle ?
Parce que le personnage principal emprunte plusieurs traits très reconnaissables à son auteur.
Erri De Luca a milité dans sa jeunesse au sein de Lotta Continua, un mouvement italien d’extrême gauche actif pendant les années 1960 et 1970. Le passé politique du vieil accusé n’est donc pas choisi au hasard.
L’écrivain est aussi un alpiniste passionné. La montagne revient souvent dans sa vie et dans ses livres. Le film transforme cet espace en piège parfait : là-haut, il n’y a presque aucun témoin, les distances trompent l’œil et une glissade peut être à la fois un accident crédible et un crime impossible à prouver.
Le personnage n’est pas Erri De Luca sous un autre nom. Mais son rapport à la montagne, à la fidélité politique, à la justice et au passage du temps vient clairement d’un terrain que l’auteur connaît intimement.
Le film déplace l’histoire sans en changer le mystère
Emmanuel Finkiel reprend le cœur du roman : le duel verbal entre un juge convaincu qu’une coïncidence pareille n’existe pas et un homme qui refuse sa logique.
Swann Arlaud incarne le juge Dorieu, tandis que Fabrizio Bentivoglio joue Enzo Tovoli, le montagnard soupçonné. Une grande partie de la tension ne vient donc pas de l’action, mais des mots. Chaque détail peut devenir un aveu ou une preuve de mauvaise foi selon celui qui l’écoute.
Le tournage dans les Hautes-Alpes donne au film une montagne bien réelle, mais cela ne rend pas l’affaire authentique. Le décor existe. L’accident judiciaire, lui, a été imaginé.
Alors, quelle part est vraie ?
Le plus juste est de parler d’une fiction nourrie par la vie d’Erri De Luca, pas d’une histoire vraie.
Sont réels : son passé militant, son amour de l’alpinisme et ses réflexions sur la justice et les engagements de jeunesse. Sont inventés : l’affaire, les personnages et la question de la culpabilité au centre du film.
Et c’est justement ce mélange qui rend Impossible si troublant. Le scénario n’a pas besoin d’être arrivé pour sembler plausible. Il lui suffit de placer deux hommes, quarante ans de silence et un précipice au même endroit.
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