Dans On aboie en silence, qui sera diffusé sur France 2 ce soir, les voix entendues par Jérémy ne sont pas traitées comme un simple bruit inquiétant ajouté au montage. Le film essaie de nous placer au plus près de sa perception, au point de donner un corps à l’une de ces voix avec le personnage de Sancho.
Ce choix peut surprendre. Sancho est visible à l’écran, mais il n’est pas censé être une personne réellement présente dans la pièce. Il représente une voix que Jérémy entend.
Et toute la fabrication sonore du film part de cette idée.
Sancho n’est pas une hallucination visuelle
La réalisatrice Shirley Monsarrat est très claire sur ce point : Sancho, joué par Sam Chemoul, n’est pas une hallucination visuelle de Jérémy. C’est une incarnation cinématographique de l’une de ses voix.
La différence compte. Le film ne nous dit pas que Jérémy voit véritablement cet homme devant lui. Il transforme quelque chose d’invisible en personnage pour que le spectateur puisse ressentir sa présence.
Un détail permet de le comprendre : Jérémy ne regarde jamais Sancho dans les yeux. Il l’entend, il réagit à sa présence, mais leurs scènes ne sont pas filmées comme une rencontre normale entre deux personnes.
Ces passages sont aussi tournés au steadicam et en plan-séquence, alors que le reste du téléfilm utilise davantage la caméra à l’épaule. L’image change donc légèrement de langage lorsque Sancho apparaît.
Théo Augier entendait réellement des voix pendant le tournage
Pour incarner Jérémy, Théo Augier a porté une oreillette qui lui diffusait des voix pendant les prises.
Le dispositif était utilisé même lorsque ces voix n’étaient pas destinées à être entendues par le public dans la version finale. L’acteur devait donc continuer à jouer une scène familiale ou une conversation tout en subissant cette présence sonore parallèle.
Franchement, c’est probablement l’un des choix de tournage les plus intéressants du film. Il évite à l’acteur de simplement imaginer un signal abstrait auquel réagir. Il doit réellement partager son attention entre la scène et ce qu’il entend dans son oreille.
Cela ne signifie évidemment pas que l’expérience reproduit parfaitement celle d’une personne atteinte de schizophrénie. Le film reste une fiction. Mais ce travail donne une cohérence aux réactions de Jérémy, y compris dans les moments où le spectateur ne comprend pas encore ce qui l’éloigne des autres.
Les voix ont aussi été transformées en musique
La compositrice Owlle a placé les voix au centre de la bande originale. Elle a notamment utilisé une technique appelée synthèse granulaire.
Le principe consiste à découper un son en minuscules fragments, puis à les étirer, les superposer ou les transformer. Une voix humaine peut alors devenir une texture musicale étrange, parfois presque méconnaissable.
Certaines sonorités du film proviennent directement des voix des comédiens. Elles sont progressivement modifiées jusqu’à se fondre dans la musique et l’ambiance sonore.
Du coup, la séparation entre une parole, une voix intérieure et la bande originale devient moins nette. C’est voulu. Le spectateur ne doit pas toujours pouvoir ranger immédiatement ce qu’il entend dans une case rassurante.
Un travail préparé avec des personnes concernées
L’équipe ne s’est pas contentée d’inventer une représentation spectaculaire de la maladie.
La réalisatrice a travaillé avec Lucille Zolla, fondatrice de la Maison Perchée, une association consacrée aux jeunes adultes vivant avec des troubles psychiques. L’équipe a aussi participé à un groupe de parole avec des personnes atteintes de schizophrénie afin de mieux comprendre leur quotidien, leurs parcours de soin et la manière dont certaines entendent des voix.
Les sons du film ne sont donc pas présentés comme les enregistrements du véritable frère de Gringe. Ils ont été créés pour le téléfilm à partir du travail des acteurs, de la compositrice et de ces échanges préparatoires.
Sancho, l’oreillette portée par Théo Augier et les voix transformées par Owlle poursuivent finalement le même but : nous faire ressentir la présence de ces voix sans prétendre qu’une seule mise en scène peut résumer toutes les expériences de la schizophrénie.
Regarder On aboie en silence sur France.tv
