Dans Le Salaire de la peur, Las Piedras ressemble à un village étouffant perdu quelque part en Amérique centrale. Pourtant, Yves Montand, Charles Vanel et les camions chargés de nitroglycérine n’ont pas traversé le Guatemala. Le film d’Henri-Georges Clouzot a été tourné dans le sud de la France, principalement entre la Camargue et le Gard.
Le décor de Las Piedras a été construit à Saliers, sur la commune d’Arles, à l’emplacement d’un ancien camp d’internement utilisé par le régime de Vichy. Un passé très lourd, rarement évoqué quand on parle du film.
Las Piedras a été fabriqué en Camargue
Le village n’existait pas. Le décorateur René Renoux et son équipe ont créé un ensemble complet avec un café, une église, une usine et des rues volontairement poussiéreuses. Des palmiers métalliques et des cactus en plâtre permettaient de transformer la Camargue en paysage latino-américain.
Même les flaques d’eau faisaient partie de l’illusion. Elles étaient alimentées depuis les marais voisins pour donner au lieu cette sensation de chaleur humide et de misère permanente. À l’écran, ça fonctionne si bien qu’on imagine difficilement être à quelques kilomètres d’Arles.
Le choix de Saliers possède toutefois une histoire bien plus sombre que le décor. Entre 1942 et 1944, des centaines de Tsiganes y ont été internés. Le site a ensuite servi de base au village fictif du film avant que les constructions ne disparaissent.
Les routes dangereuses se trouvent dans le Gard
Une fois les camions partis, le tournage s’est déplacé vers plusieurs endroits du Gard. Film France recense notamment Nîmes, Générargues, Poulx et Saint-Gilles, en plus de l’ancien camp de Saliers à Arles.
La végétation luxuriante visible pendant certaines séquences vient de la Bambouseraie d’Anduze, située à Générargues. Les virages serrés empruntés par les camions ont notamment été filmés sur la D979, entre Nîmes et Uzès, dans le secteur du camp des Garrigues.
La route de La Baume, près de Poulx, a servi pour l’une des scènes les plus impressionnantes impliquant un camion. D’autres plans ont été tournés près du Gardon et en Camargue, où la production avait construit des installations pétrolières factices.
Un tournage presque aussi difficile que le voyage
Le film donne une impression de chaleur écrasante, mais le tournage n’a pas toujours bénéficié d’un climat docile. De fortes pluies ont transformé les décors en bourbier, immobilisé les véhicules et compliqué le travail des grues. Le chantier a connu des accidents, des maladies, une blessure de Clouzot et de sérieux problèmes de budget.
Le projet commencé en 1951 a dû être interrompu, puis repris en 1952. Cette fabrication compliquée explique peut-être une partie de la tension très physique du film. La boue, les routes cassées et les camions difficiles à déplacer n’étaient pas uniquement des accessoires de cinéma.
Alors non, Las Piedras n’apparaît sur aucune carte d’Amérique centrale. Mais les lieux français qui lui ont donné vie sont bien réels : Saliers pour le village, la Camargue pour les paysages, la Bambouseraie d’Anduze pour la végétation et plusieurs routes du Gard pour ce trajet devenu mythique.
