La photo la plus célèbre de la première ascension de l’Everest montre Tenzing Norgay debout au sommet, son piolet levé et décoré de drapeaux. Edmund Hillary, lui, n’apparaît sur aucune image prise tout en haut. Ce n’est pas parce qu’il était absent, bien entendu : c’est lui qui tenait l’appareil.
Cette curieuse absence prend une saveur particulière devant Tenzing : à la conquête de l’Everest, disponible sur Apple TV à partir du 16 octobre. Le film de Jennifer Peedom remet justement Tenzing au centre d’une histoire qui a longtemps été racontée surtout à travers le nom d’Hillary.
Une seule personne maîtrisait vraiment l’appareil
Edmund Hillary et Tenzing Norgay atteignent ensemble le sommet de l’Everest le 29 mai 1953, vers 11 h 30. Là-haut, Hillary sort son appareil et photographie son compagnon. Tenzing pose avec son piolet, sur lequel sont attachés plusieurs drapeaux.
Pourquoi n’a-t-il pas rendu la pareille ? Les récits historiques ne donnent pas tous exactement la même nuance. Hillary a expliqué qu’il ne voyait pas l’intérêt de posséder une photo de lui-même au sommet. D’autres témoignages insistent aussi sur un détail très concret : Tenzing ne savait pas utiliser cet appareil, et le sommet de l’Everest n’était vraiment pas l’endroit où improviser un cours de photographie.
Les deux hommes ne restent qu’environ quinze minutes à cette altitude, avec peu d’oxygène et des conditions dangereuses. Chaque geste compte. Du coup, Hillary prend les images nécessaires, mais ne se photographie pas lui-même.

La photo de Tenzing est devenue l’image de leur exploit
L’image montre Tenzing avec le visage presque entièrement caché par son masque à oxygène et ses lunettes. Il est pourtant devenu immédiatement reconnaissable grâce à la pose, au piolet et aux drapeaux du Royaume-Uni, du Népal, de l’Inde et des Nations unies.
Il existe bien des photos d’Hillary prises avant et après l’ascension, notamment au camp. Il n’existe simplement aucun portrait de lui réalisé au sommet ce jour-là. À une époque sans smartphone, sans retardateur pratique et sans appareil automatique dans chaque poche, cette absence n’avait rien d’extraordinaire.
Et c’est justement là que ça devient intéressant : le premier visage associé au toit du monde est celui de Tenzing. Pendant longtemps, pourtant, les récits occidentaux ont souvent mis Hillary en avant et réduit Tenzing au rôle de guide sherpa.
Pourquoi tant de morts sur l’Everest ?
Le film replace Tenzing au centre
Genden Phuntsok incarne Tenzing Norgay dans le film, face à Tom Hiddleston en Edmund Hillary. Willem Dafoe joue le colonel John Hunt, chef de l’expédition britannique. Apple présente l’histoire comme celle de deux hommes qui deviennent les premiers à atteindre le sommet, tout en insistant sur la lutte de Tenzing pour être reconnu comme membre à part entière de l’équipe.
Le choix de raconter l’expédition de son point de vue n’efface donc pas Hillary. Il corrige plutôt une vieille habitude : parler de l’Everest comme d’une victoire essentiellement britannique alors que les connaissances, le travail et les risques assumés par les Sherpas étaient indispensables.
Au final, l’absence de photo d’Hillary ne cache pas un mystère. Elle raconte quelque chose de très humain : au moment décisif, il a choisi de photographier son compagnon. Et cette image est devenue la preuve visuelle d’un exploit accompli à deux.
Regarder Tenzing : à la conquête de l’Everest
