Des semaines de rumeurs, quelques fuites qui ne trompaient plus grand monde et l’annonce qui tombe finalement ce 20 mai : l’Esports World Cup 2026 ne se jouera pas à Riyad. C’est Paris qui récupère la mise, du 6 juillet au 23 août prochain. Un choix historique, une première absolue dans l’existence de la compétition et une nouvelle qui a de quoi faire vibrer tous les fans français de l’esport.
Pourquoi l’EWC quitte Riyad pour Paris
Soyons directs : ce n’est pas la France qui a démarché l’Esports Foundation. C’est la situation géopolitique au Moyen-Orient qui a forcé la main des organisateurs. L’édition 2026 était programmée à Riyad, comme les deux précédentes, mais le contexte régional a rendu impossible la garantie d’un accès sécurisé et fluide pour les milliers de personnes concernées par l’événement. Joueurs, clubs, équipes techniques, partenaires commerciaux, médias, fans en déplacement : organiser un événement de cette ampleur implique une logistique millimétrée que les perturbations du trafic aérien vers le Moyen-Orient ne permettaient tout simplement plus d’assurer.
Ralf Reichert, le patron de l’Esports Foundation, l’a dit dans sa prise de parole : l’objectif était d’offrir clarté et stabilité à l’ensemble des parties prenantes. Pas question de faire courir un risque à la compétition ou à ses participants. La fondation a donc actionné en urgence son plan de rotation internationale, prévu à terme mais avancé de plusieurs années sous la pression des événements.
Le symbole de l’annonce est fort. Emmanuel Macron a reçu Ralf Reichert à l’Élysée pour officialiser le transfert, une image qui dit tout sur la façon dont la France traite désormais l’esport : comme un vrai secteur économique et culturel, au même titre que le cinéma ou le sport professionnel. Macron a d’ailleurs salué publiquement la nouvelle, remerciant au passage l’Arabie saoudite pour sa confiance dans cette passation.
Paris, première étape internationale de l’histoire de l’EWC
Depuis sa création en 2024, l’Esports World Cup n’avait jamais mis un pied hors de Riyad. Paris devient donc le premier territoire hôte en dehors du sol saoudien, une première page qui s’écrit dans l’histoire de la compétition. Et la capitale française n’arrive pas comme un choix par défaut. Son expérience récente avec les Jeux Olympiques de 2024, ses infrastructures rodées pour les grands événements sportifs mondiaux et sa communauté esportive parmi les plus engagées d’Europe font d’elle un terrain idéal.
Côté lieu exact, les organisateurs n’ont pas encore tout révélé au moment de l’annonce. Plusieurs noms circulent cependant : Paris Expo Porte de Versailles figure parmi les options sérieuses, aux côtés de l’Accor Arena, de l’Adidas Arena et du Grand Palais. Ce dernier, qui avait accueilli l’escrime et le judo pendant les JO, pourrait très bien se retrouver à héberger des tournois de Valorant ou de Rocket League cet été. Les précisions sur les salles, le programme tournoi par tournoi et l’ouverture de la billetterie arriveront dans les prochaines semaines.
24 jeux, 75 millions de dollars : l’EWC garde les yeux grands ouverts
Si la ville change, les ambitions restent les mêmes et même au-delà. Cette édition parisienne rassemblera plus de 2 000 joueurs professionnels représentant environ 200 clubs venus de plus de 100 pays. Vingt-cinq tournois disputés sur 24 jeux différents, avec une dotation totale qui franchit pour la première fois la barre des 75 millions de dollars, au-dessus du record déjà impressionnant de l’an dernier.
Le plateau de jeux confirme la volonté d’en faire une célébration transversale du gaming compétitif. On retrouve les piliers habituels : League of Legends, Valorant, Counter-Strike, Dota 2, Call of Duty, Fortnite. Mais aussi des titres aux audiences colossales en Asie comme Honor of Kings, Mobile Legends ou Free Fire. Du côté des jeux de combat, Street Fighter 6, Tekken 8 et Fatal Fury: City of the Wolves sont au programme. Et parmi les nouveaux venus, Trackmania fait son entrée dans la compétition.
Pour donner une idée de l’ampleur de la chose : l’édition 2025 à Riyad avait généré plus de 350 millions d’heures de visionnage avec un pic d’audience frôlant les 8 millions de spectateurs simultanés. Paris devra confirmer ce statut d’événement incontournable du calendrier mondial.
Il y a quelque chose d’un peu fou à l’idée que la Karmine Corp, Vitality ou Gentle Mates vont pouvoir jouer une Esports World Cup à domicile. La communauté française est l’une des plus passionnées et des plus mobilisées d’Europe et le fait que l’EWC pose ses valises à Paris change radicalement l’expérience pour des milliers de fans qui n’auraient jamais pu se payer le déplacement jusqu’en Arabie Saoudite.
D’ailleurs, la relocalisation a eu un effet immédiat sur la composition du Club Partner Program de l’EWC. La Karmine Corp, initialement absente de la liste officielle publiée en mars, a finalement été réintégrée après le retrait de l’organisation norvégienne Heroic. Un remplacement qui n’a rien d’un hasard : avec un événement de cette échelle prévu à Paris, l’Esports Foundation avait tout intérêt à compter sur l’énergie de la Blue Wall pour mobiliser le public local.
Riyad n’est pas effacé pour autant
Ce virage parisien ne signe pas la fin de la relation entre l’EWC et l’Arabie saoudite. Riyad reste le berceau historique et le partenaire stratégique principal de la compétition, financée depuis ses origines par le fonds souverain saoudien. Et dès la fin 2026, la capitale saoudienne reprendra du service avec l’Esports Nations Cup, une compétition par nations prévue du 2 au 29 novembre qui inaugurera un nouveau format basé sur la représentation nationale plutôt que sur les clubs.
