Sacha Baron Cohen en séducteur invétéré, roi de son agence de pub, se cogne la tête et se réveille dans une réalité parallèle où les femmes ont le pouvoir, l’argent et la condescendance qui va avec. C’est simple. C’est universel. Ladies First, disponible sur Netflix depuis le 22 mai 2026, est exactement le genre de film qui fait réaliser à quel point un bon pitch ne suffit pas.
De Paris à Londres : Netflix recycle sa propre idée
Pour les spectateurs français, l’histoire a un petit air de déjà-vu. Et pour cause. Ladies First est le remake anglophone de Je ne suis pas un homme facile, comédie signée Éléonore Pourriat, sortie sur Netflix en 2018 et qui avait eu le mérite d’être le tout premier film en langue française commandé par la plateforme. Un film que personne ou presque ne se rappelle aujourd’hui. Netflix, visiblement, si.
Huit ans plus tard, le géant du streaming reprend le concept, le grossit à l’échelle d’un studio hollywoodien, le confie à la réalisatrice britannique Thea Sharrock (connue pour Wicked Little Letters et Avant toi) et l’affuble d’un casting qui, théoriquement, faisait vraiment saliver. Du coup: une comédie de 84 minutes tournée aux studios Shepperton à Londres, avec Sacha Baron Cohen et Rosamund Pike en tête d’affiche, entourés de Richard E. Grant, Emily Mortimer, Fiona Shaw, Charles Dance ou encore Kathryn Hunter. Dommage que le navire prenne l’eau dès les premières miles.

Un casting de rêve qui se noie
Damien Sachs a tout pour lui. Cadre supérieur arrogant, séducteur compulsif, il s’apprête à décrocher le poste tant convoité de PDG d’une grande agence de publicité londonienne. Puis, un coup sur la tête plus tard, il se retrouve propulsé dans un monde où tout est inversé : les femmes dirigent les conseils d’administration, fixent les règles et les hommes font tapisserie en réunion. Et c’est Alex Fox, jadis reléguée en arrière-plan, désormais patronne redoutée et parfaitement à l’aise dans son nouveau statut, qui va lui rendre la vie impossible.
L’alchimie entre Baron Cohen et Pike promettait quelque chose de savoureux. Lui, habitué depuis Borat ou le Dictateur à s’engouffrer dans des personnages outranciers pour mieux les démolir. Elle, dont le registre froid et calculateur avait glacé les salles dans Gone Girl. Le choc de ces deux univers aurait pu créer des étincelles. Sauf que Baron Cohen semble flotter dans ce rôle, sans jamais trouver le bon équilibre entre l’arrogance initiale du personnage et la désorientation qui suit. La transformation manque de texture. Rosamund Pike s’en sort nettement mieux, convaincante en CEO intouchable, mais le scénario l’enferme dans une fonction et ne lui laisse pas vraiment l’espace pour exister au-delà.
La même blague, déclinée pendant une heure vingt
Le vrai problème de Ladies First, c’est qu’il n’a qu’une seule idée en tête et qu’il la ressort toutes les cinq minutes avec la même satisfaction. Imaginez un monde où l’on dit « drama king » au lieu de « drama queen ». Où Paul est devenu Pauline. Où les bars s’appellent Five Gals. C’est l’humour du film, à peu de choses près et il s’épuise très vite. On comprend le message en moins d’un quart d’heure. Le reste du métrage tourne en rond, répétant la démonstration sans jamais trouver un angle nouveau ou un moment de grâce pour relever l’ensemble.

Une satire trop sage pour vraiment mordre
Ce qui est peut-être le plus frustrant, c’est que le sujet mérite mieux que ça. Les inégalités professionnelles entre femmes et hommes, le sexisme ordinaire en entreprise, les codes de domination que l’on finit par ne plus voir tellement ils sont intégrés : tout ça aurait pu nourrir une vraie satire, avec du tranchant et de la subtilité. Mais Ladies First préfère peindre en gros traits, tracer des caricatures lisibles de loin. Il y a quelque chose de paradoxalement condescendant dans cette façon de tenir le public par la main jusqu’à la morale finale, qui arrive avec la légèreté d’un marteau-piqueur.
Reste des seconds rôles qu’on aurait adoré voir davantage, quelques gags qui fonctionnent par leur absurdité pure, et la confirmation que Rosamund Pike mérite des rôles à la hauteur de ce qu’elle est capable de faire. Ladies First est disponible sur Netflix. Regardez-le si la curiosité l’emporte. Mais gardez vos attentes raisonnables.
