La pomme de terre devient difficile à trouver dans plusieurs marchés algériens. À Annaba, le kilogramme atteint jusqu’à 180 dinars malgré un prix plafonné à 90 dinars. Mais cette crise intervient alors que d’autres produits, comme l’huile de table et les bananes, connaissent également des difficultés d’approvisionnement. Et une nouvelle question apparaît : les perturbations du transport de légumes via le passage frontalier de Guerguerat peuvent-elles aggraver la situation ?
La pomme de terre atteint 180 dinars dans certains marchés
La situation inquiète les consommateurs algériens. Depuis plusieurs jours, les pommes de terre se font rares sur les étals, notamment dans les wilayas d’Annaba et de Bouira, mais aussi dans certaines communes d’Alger.
Selon La Sentinelle, dans un article publié le 6 novembre, le kilogramme est proposé entre 150 et 180 dinars chez certains commerçants d’Annaba.
Au marché de gros de Sarouel, les arrivages seraient devenus insuffisants. Plusieurs commerçants évoquent seulement cinq camionnettes de pommes de terre lors d’une récente journée d’approvisionnement.
Ces prix concernent des marchés particuliers et ne constituent pas une moyenne nationale. Ils illustrent néanmoins la tension qui touche ce produit essentiel.
Le paradoxe est frappant : depuis le 1er octobre, les autorités ont fixé un prix de vente au détail de 80 à 90 dinars le kilogramme.
Mais selon plusieurs professionnels, les tarifs proposés par les producteurs, les marges des intermédiaires et les contraintes de distribution compliquent l’application de ce plafonnement.
Résultat : certains commerçants ne parviennent plus à s’approvisionner normalement.
L’huile de table manque également dans plusieurs régions
La crise ne concerne pas uniquement les légumes.
Le 5 novembre, Maghreb Émergent a rapporté des difficultés d’approvisionnement en huile de table depuis plus de deux semaines.
Des rayons vides et des livraisons insuffisantes sont signalés dans plusieurs wilayas, notamment Alger, Oran, Bouira, Tlemcen et Sétif.
Pourtant, les principaux industriels algériens tiennent un discours rassurant.
Le 5 novembre, les groupes Cevital, LaBelle et SIM ont affirmé que leurs unités fonctionnaient normalement et que les approvisionnements devaient se poursuivre.
Algérie Presse Service a relayé ces déclarations.
La différence entre ces assurances et les difficultés constatées dans certains commerces reste à expliquer.
Une production industrielle normale ne garantit pas nécessairement que les produits arrivent régulièrement jusqu’aux consommateurs.
Avant la pomme de terre, les bananes avaient déjà dépassé 2 000 dinars
Les bananes constituent un autre exemple des tensions sur le marché alimentaire algérien.
Le 23 septembre, le média algérien Awras rapportait que leur prix atteignait ou dépassait 2 000 dinars le kilogramme, tandis que plusieurs marchés de gros connaissaient des difficultés d’approvisionnement.
Cette flambée concernait le mois de septembre et ne doit pas être présentée comme un prix national relevé aujourd’hui.
Contrairement à la pomme de terre, largement produite en Algérie, la banane dépend des importations.
Les volumes autorisés, la régularité des arrivages et les conditions de distribution influencent donc directement sa disponibilité.
Les deux crises n’ont pas forcément la même origine, mais elles posent une question commune : comment assurer un approvisionnement régulier lorsque les circuits commerciaux connaissent des tensions ?
Guerguerat : un lien inattendu avec les marchés du sud algérien
Une autre piste mérite d’être examinée : celle des légumes marocains qui transitent par la Mauritanie.
En mars 2026, Le Matin rapportait un renforcement des contrôles mauritaniens contre la réexportation irrégulière de produits agricoles marocains vers l’Algérie.
Les marchandises concernées comprenaient notamment des pommes de terre, des tomates et des oignons.
Selon ce reportage, certaines cargaisons entraient en Mauritanie par le poste frontalier de Guerguerat avant d’être réacheminées vers Tindouf et différentes zones du sud-ouest algérien.
Les autorités mauritaniennes avaient alors décidé de renforcer la surveillance de ces circuits, pour protéger l’approvisionnement de leur propre marché.
Cette information montre que des légumes marocains ont effectivement pu alimenter indirectement certaines régions algériennes.
Mais elle ne permet pas de déterminer les quantités concernées ni leur importance dans la consommation nationale.
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Les camions ont réellement cessé de traverser Guerguerat ?
Le 5 novembre, le média Houna Sahara a évoqué, sur la base de sources non officielles, une interruption de la circulation des camions au passage de Guerguerat.
Aucune confirmation officielle de sa durée ou de son caractère général n’était disponible dans les informations consultées.
En parallèle, Reuters a confirmé le 5 novembre que le Maroc suspendait temporairement ses exportations de tomates vers les marchés africains pour répondre à la hausse des prix sur son marché intérieur.
Cette décision concerne les tomates. Elle ne démontre pas que toutes les exportations marocaines de légumes ont été interrompues.
Ces événements pourraient avoir des conséquences sur les marchés qui dépendent habituellement de ces marchandises, y compris certains circuits commerciaux indirects vers le sud algérien.
En revanche, aucun élément vérifié ne permet d’attribuer la pénurie nationale de pommes de terre en Algérie à la situation de Guerguerat.
Les difficultés d’approvisionnement algériennes étaient déjà signalées avant les perturbations de début novembre.
Pourquoi l’Algérie manque de pommes de terre alors qu’elle en produit autant ?
Le problème surprend d’autant plus que l’Algérie possède d’importantes régions productrices.
La seule wilaya d’El-Oued annonce une production annuelle supérieure à 16 millions de quintaux, soit environ 1,6 million de tonnes.
Selon L’Écho d’Algérie, la prochaine grande campagne de récolte doit débuter le 20 novembre 2026.
La production ne constitue donc qu’une partie de l’équation.
Dans une analyse publiée par TSA Algérie, l’économiste Brahim Guendouzi pointe notamment le poids des intermédiaires, les difficultés de transport et de stockage, ainsi que les limites des dispositifs de régulation.
Les autorités ont déjà lancé des opérations de déstockage dans plusieurs wilayas pour remettre davantage de pommes de terre sur les marchés.
Face à cette pénurie, les familles peuvent aussi adapter leurs recettes traditionnelles. Des boureks aux tajines, en passant par la dolma, découvrez 7 alternatives pour remplacer les pommes de terre dans la cuisine algérienne sans renoncer à vos plats préférés.
Une plateforme numérique pour éviter de nouvelles pénuries
Face à ces tensions, le gouvernement algérien a lancé le 5 novembre une plateforme numérique destinée à suivre quotidiennement les prix et la disponibilité des produits essentiels.
Le dispositif annoncé par Algérie Presse Service doit couvrir l’ensemble des wilayas et permettre aux autorités de détecter les perturbations plus rapidement.
Mais un outil informatique ne peut pas résoudre, à lui seul, les difficultés de production, d’importation, de transport ou de distribution.
Le véritable test sera donc le retour des marchandises dans les commerces.
Les prochaines récoltes d’El-Oued, la mobilisation des stocks et la régularité des livraisons permettront de mesurer l’amélioration éventuelle de la situation.
En attendant, la succession des tensions sur les pommes de terre, l’huile et les bananes montre que le problème dépasse le prix d’un seul produit. Les causes peuvent varier d’un secteur à l’autre, mais la disponibilité des produits alimentaires reste désormais une préoccupation majeure pour de nombreux consommateurs algériens.
