Oui, La Vraie Famille part d’un souvenir très personnel de Fabien Gorgeart. Quand il était enfant, sa famille a accueilli un petit garçon placé, arrivé à 18 mois et reparti à 6 ans. Cette séparation a nourri le film, mais Anna, Simon et l’ensemble de leur histoire restent des personnages de fiction.
Le film est diffusé sur France 4 ce samedi 31 octobre à 21 h 30. Mélanie Thierry y joue Anna, une mère de famille qui élève Simon depuis ses 18 mois. Quand le père biologique de l’enfant demande à le reprendre, elle doit l’aider à quitter la maison qu’il considère comme la sienne.
Forcément, devant une situation aussi précise, on se demande si tout cela est arrivé pour de vrai.
Fabien Gorgeart a bien vécu le départ d’un enfant placé
Le point de départ est authentique. Fabien Gorgeart avait 6 ans lorsqu’un enfant de 18 mois est arrivé dans sa famille d’accueil. Le garçon a grandi avec lui, son frère et ses parents jusqu’à l’âge de 6 ans, avant de repartir.
Dans un entretien publié par la CAF, le réalisateur explique que cette séparation l’a accompagné pendant une trentaine d’années. Il ne comprenait pas vraiment pourquoi cet enfant, devenu un membre de la famille, avait soudain disparu de son quotidien.
Le film vient de cette blessure et de cette question très simple : comment aimer pleinement un enfant tout en sachant qu’il pourra partir ?
Anna n’est pas exactement la mère du réalisateur
La Vraie Famille n’est pas la reconstitution scène par scène de l’enfance de Fabien Gorgeart. Mélanie Thierry ne joue pas un portrait documentaire de sa mère, et Simon n’est pas la copie exacte de l’enfant accueilli par sa famille.
Le cinéaste a déplacé le point de vue. Enfant, il a vécu la séparation comme un frère. Dans le film, il choisit de suivre Anna, la mère d’accueil. Ce changement permet de montrer la contradiction qui la déchire : elle doit préparer Simon à retrouver son père tout en ayant le sentiment de perdre son propre fils.
Certains événements ont également été nourris par les témoignages d’autres familles d’accueil et de professionnels. Le cœur émotionnel est autobiographique. L’intrigue, les dialogues et les personnages ont été construits pour le cinéma.
Le titre ne désigne pas une famille contre une autre
Le titre peut sembler brutal. Qui serait la « vraie » famille de Simon ? Celle qui l’a élevé pendant des années ou son père biologique ?
Le film ne donne pas une réponse confortable. Il montre plutôt qu’un enfant peut appartenir affectivement à plusieurs histoires. Son père reste son père. Anna et les siens sont aussi devenus sa famille. Le problème vient du fait que les adultes doivent organiser une séparation administrative alors que les sentiments, eux, ne s’arrêtent pas sur commande.
C’est ce qui distingue La Vraie Famille d’un simple drame construit pour faire pleurer. Comme pour Impossible sur ARTE et sa part de vrai, la réalité ne fournit pas toutes les scènes. Elle donne une expérience intime que la fiction transforme pour poser une question plus large.
Où le film a-t-il été tourné ?
Le tournage a notamment eu lieu à Avranches, Beauvoir et Saint-James, dans la Manche, ainsi qu’en Ille-et-Vilaine et en Île-de-France. Ces lieux donnent au foyer d’Anna une impression très quotidienne, loin d’un décor artificiel.
La maison n’est pourtant pas le sujet principal. Ce qui compte, c’est tout ce qu’elle contient : les habitudes, les jeux, les repas et la place que Simon y a prise au fil des années.
La réponse à la question « histoire vraie » tient donc en deux phrases. Oui, Fabien Gorgeart a vécu une séparation très proche lorsqu’il était enfant. Non, le film ne raconte pas littéralement la vie de sa famille. Il transforme ce souvenir pour regarder la douleur depuis la place de la mère d’accueil.
