Bram Stoker n’est vraisemblablement jamais allé en Transylvanie. L’auteur de Dracula a construit son décor à partir de livres, de cartes et de récits consultés au Royaume-Uni. Même le célèbre château de Bran, présenté aujourd’hui comme le château de Dracula, n’est pas un modèle confirmé de la demeure du comte.
La question revient forcément devant Dracula : la véritable histoire, diffusé sur ARTE ce samedi 31 octobre à 20 h 55. Le documentaire remonte la piste de Vlad III, le prince de Valachie surnommé l’Empaleur. Mais entre Vlad, Bram Stoker et le vampire, les liens sont beaucoup moins directs que la légende touristique le laisse croire.
Bram Stoker a imaginé la Transylvanie depuis la Grande-Bretagne
La réponse la plus sérieuse vient du Bram Stoker Estate : aucune preuve établie ne montre que l’écrivain a visité la Transylvanie.
Stoker travaillait à partir d’ouvrages géographiques, de cartes et de notes. Il s’est notamment documenté à Londres et lors de séjours à Whitby, en Angleterre. C’est là qu’il a découvert le nom « Dracula » dans un livre consacré aux principautés de Valachie et de Moldavie.
Du coup, les descriptions du roman ne sont pas des souvenirs de voyage. Elles composent une Transylvanie littéraire, crédible pour les lecteurs de 1897, mais assemblée à distance.
Vlad l’Empaleur n’est pas simplement Dracula
Vlad III a réellement existé au XVe siècle. Prince de Valachie, il est resté célèbre pour sa violence et pour l’usage de l’empalement contre ses ennemis. Son histoire s’inscrit dans les conflits de la région face à l’Empire ottoman.
Bram Stoker a repris le nom Dracula et quelques éléments associés à cette réputation. Par contre, le comte du roman n’est pas une biographie fantastique de Vlad. Le personnage est un vampire aristocrate installé en Transylvanie, avec une histoire et des pouvoirs inventés.
Le Bram Stoker Estate insiste justement sur cette séparation : Vlad III et le comte Dracula sont deux figures différentes. Dire que Vlad a « inspiré Dracula » reste acceptable si l’on parle du nom et d’une partie de l’imaginaire. Dire que le roman raconte sa vie serait faux.
Et le château de Bran dans tout ça ?
Le château de Bran existe bien en Roumanie et son apparence colle parfaitement à ce que l’on attend d’un décor de vampire. Il est donc devenu le « château de Dracula » pour des millions de visiteurs.
Le problème, c’est que le roman ne le cite pas. La demeure décrite par Stoker se trouve dans une autre zone de Transylvanie et aucun bâtiment réel ne correspond de façon certaine à tous ses détails. Le château de Bran appartient surtout à l’histoire moderne du tourisme autour de Dracula.
Vlad III n’y a pas non plus vécu comme dans un château familial. Les liens historiques entre le prince et Bran sont au mieux très limités et discutés. L’association paraît aujourd’hui évidente parce qu’elle a été répétée pendant des décennies, pas parce que Stoker aurait posé ses valises sur place pour prendre des notes.
Alors, quelle partie de Dracula est vraie ?
Vlad III, les conflits de Valachie et une partie du contexte historique sont réels. Bram Stoker a également utilisé de vrais noms de lieux et un vocabulaire emprunté à ses recherches.
Le comte vampire, son château et son affrontement avec Jonathan Harker, Mina et Van Helsing appartiennent à la fiction. C’est justement ce mélange qui fonctionne aussi bien : quelques fragments historiques donnent au monstre une profondeur qui semble authentique.
Mais non, Bram Stoker n’a pas parcouru la Transylvanie sur les traces d’un vampire. Il a fait quelque chose de presque aussi impressionnant : il a créé l’un de ses paysages les plus célèbres sans l’avoir vu.
